1982-2000

J’ai grandi dans la belle campagne des Cantons de l’est à Saint-Armand, petit village situé à 5 minutes de la frontière du Vermont et à 5 minutes du Lac Champlain. «Faire les foins» fut ma première expérience dans le monde du travail. Ma deuxième expérience, toujours dans le monde agricole, aura duré plusieurs années, l’été et parfois les fins de semaine. J’ai travaillé avec les fleurs chez Serres et Pépinières Champlain à Saint-Sébastien.

C’est en 2000 que j’effectue le grand saut entre le secondaire et le CÉGEP et, croyez-le ou non, je m’inscris en informatique à Saint-Jean-sur-Richelieu. Je n’avais qu’un seul cours nommé «Initiation à la programmation» et je n’ai pas eu le temps de me rendre à la mi-session pour me rendre compte que je n’étais vraiment pas dans mon domaine. Je décide donc d’abandonner ce cours, la seule note d’échec que j’obtiendrai. Alors, on fait quoi à 18-19 ans quand il faut décider le chemin à prendre pour notre futur et qu’on n’en sait rien? Un orienteur m’a fait passer un test de plusieurs pages et deux grands thèmes ressortaient : musique et agriculture. J’avais déménagé avec deux amis à St-Jean et il n’était pas question que je parte pour aller dans un autre CÉGEP. Il y avait un programme d’agriculture à St-Jean, G.E.E.A. (Gestion et Exploitation d’Entreprise Agricole), je me suis donc dit, pourquoi pas? Après 3 ans de formation entouré de jeunes qui planifiaient prendre la relève de la ferme familiale et trois stages en milieux agricoles, je suis sorti du CÉGEP en 2004, diplôme en mains, mais toujours dans les nuages quant à mon avenir.

2005

Je suis finalement retourné travailler chez Serres et Pépinière Champlain à temps plein. Maintenant responsable de l’irrigation des serres, livreur de certaines commandes, c’était beaucoup plus intéressant. J’ai compris vite que rien n’arrive pour rien dans la vie. J’ai perdu cet emploi avant le «rush» du printemps et j’ai eu le temps de postuler pour un poste qui m’intéressait, soit dépisteur chez Prisme Consortium à Sherrington.

C’est précisément à l’été 2005 que j’ai commencé à comprendre ce que je voulais faire dans la vie. En gros, le travail de dépisteur consiste à marcher d’énormes champs en zig-zag une à deux fois par semaine et d’arrêter aléatoirement à plusieurs endroits dans le champ pour observer et prendre des notes sur les maladies et les insectes ravageurs présents dans le champ. On comptabilise les notes et selon un seuil de tolérance pré-établi, nous disons aux producteurs que c’est le temps d’appliquer un traitement pesticide ou non. En une saison, j’ai vu des champs être traités une dizaine de fois contre les maladies fongiques et les insectes. Je devais y retourner quelques jours plus tard pour voir si le traitement avait fait effet. En 2 mois, j’ai fais un examen de la situation et j’ai réalisé que ça n’avait pas d’allure qu’on mange ça. Il fallait faire quelque chose, mais quoi?

Histoire Mathieu des Jardins DiversiBio

Je prends un échantillon dans un champ d’oignons verts. Été 2005

À l’automne 2005, mon contrat se termine avec Prisme et j’approche un ami à moi qui exploite une ferme d’ASC depuis 2 ans. Je lui offre mes services pour le reste de l’automne gratuitement pour voir et apprendre comment ça se passe chez lui. Récolte des légumes, montage des paniers, livraisons, rencontre de ses partenaires, bref j’adore mon expérience. Après plusieurs discussions avec mon ami André, j’approche mon beau-père de l’époque, un producteur laitier et porcin conventionnel. Il possède beaucoup de terres à Sainte-Brigide-d’Iberville et accepte de me laisser un petit carré sur un retour de prairies (aucun pesticide depuis 3 ans sur ce morceau de terre) et m’offre même un vieux bâtiment inutilisé pour que je puisse m’y installer.

2006

Je commence en 2006 ma première saison seul avec deux points de chute et 15 semaines de livraisons. Sans l’aide d’Équiterre, en laissant des affiches un peu partout et en distribuant plus de 5 000 brochures aux portes des quartiers environnant de Saint-Jean et Sainte-Brigide-d’Iberville, je réussi à recruter 43 familles pour débuter l’aventure avec moi. Le point de chute se situe dans le stationnement de mon appartement, coin Boul St-Luc et de Boul. de Normandie. Je débute même mes premières livraisons avant mon ami André et il s’offre pour venir m’aider à préparer ma première journée de livraison à vie. Que d’excitation et de stress, je m’en souviens encore. Tout est fait à la main, je ne possède que le motoculteur de mes parents et je m’en tire vraiment bien, mais avec beaucoup d’effort. Mon ami André a de la place dans sa serre, il me loue donc le quart de son espace pour partir mes transplants de légumes. Pour les livraisons, mes parents me prêtent leur Dodge caravan que j’achèterai l’année d’après et qui servira de bolide de livraison jusqu’en 2011. Elle sert maintenant comme bolide de champ.

2007

Je me joins au réseau d’Équiterre et je fais 68 paniers et 18 semaines de livraisons. Je déménage à Pike-River, donc mon point de chute doit également déménager. René Bissonnette m’offre de faire le point de chute à sa pâtisserie. Je demande une plus grande parcelle de terre prévoyant l’expansion de l’entreprise dans les années futures, ce qui grossit le champ à 5 acres. Déjà plein d’ambition, je décide d’offrir 5 semaines de paniers d’hiver en fin de saison livrés aux deux semaines (octobre, novembre et décembre). Vingt familles me suivent dans cette nouvelle aventure. Le bâtiment n’étant pas chauffé, je prépare mes boîtes à l’intérieur du frigidaire et réalise que ce n’est pas une bonne idée de poursuivre le projet pour les prochaines années. Je commence tranquillement à m’acheter de la machinerie dont un premier cheval de fer, mon «Farmall 140».

2008

73 paniers seront produits. Ayant de la misère à recruter, j’ouvre un nouveau point de chute à St-Armand chez mes parents, ce qui fera leur grand bonheur, car ils profiteront de mes légumes et ils me verront 1 fois par semaine. Cela fait donc 51 paniers à St-Jean, 11 à Sainte-Brigide et 11 à St-Armand. Mon désir de devenir vite le plus autonome possible me pousse à faire un gros achat pour mes revenus : mon plus gros tracteur me permet de faire presque tous mes travaux quand je veux sans louer de machinerie à mon ancien beau-père.

2009

Équiterre m’offre un beau projet, la demande étant trop faible, je laisse donc tomber le point de chute chez mes parents pour ouvrir un point de chute en entreprise au siège social de RONA à Boucherville. 25 paniers chez RONA, 53 à St-Jean et 12 à Ste-Brigide, je produis donc 90 paniers toujours seul sur la ferme. La saison passe de 18 à 20 semaines de livraisons.

2010

N’ayant qu’une location de terre à payer, j’accumule de plus en plus de machinerie en me disant que si un jour j’achète ma terre, j’aurai déjà ma machinerie et qu’en plus, cela se déménage bien. Je produis 87 paniers répartis sur les mêmes points de chute. Au milieu de l’été, en discutant avec André, nous en venons à l’évidence que je vais devoir penser à me trouver une autre solution pour la serre au printemps prochain. Oui, nous commencions à être vraiment trop serré à deux dans sa serre de 21’X50′. Une dépense non planifiée, mon père et moi commencerons à ériger ma nouvelle serre à l’automne.

2011

Ma plus grosse saison depuis mes débuts, 110 paniers seront livrés sur 20 semaines. J’aurai un nouveau point de chute proposé par Équiterre : l’Agence de la Santé et des Services Sociaux de la Montérégie à Longueuil. J’achète mon deuxième Farmall qui possède un distributeur d’engrais. Plus précis que de mettre l’engrais à la volée, il permet d’épandre l’engrais en bande directement au pied du plant. Je commence à avoir vraiment hâte d’être chez nous, d’avoir ma terre et de demeurer sur place.

2012

RONA décide de mettre fin au projet «fermier au bureau». Avec beaucoup d’effort, j’obtiendrai 91 inscriptions. Pour épargner un peu de temps, je décide de changer le mode de distribution des paniers passant des boîtes toutes faites à la méthode marché ou vrac. Un cours d’apiculture et l’achat d’une ruche me font découvrir une nouvelle passion pour les abeilles. Avec un coup de chance, j’apprends qu’une ferme voisine de mon ami André Samson est probablement à vendre à Farnham. Je cherche dans l’annuaire téléphonique et appelle le monsieur : «Oui, oui, je suis à vendre, mais j’ai pas pris le temps de mettre mes affiches encore». Un mois et demi plus tard, nous étions tous assis chez le notaire et je deviens propriétaire d’une ferme de 18 acres avec 2 maisons et une écurie. N’ayant servi que de parc pour les chevaux depuis plus de 15 ans, les terres peuvent être certifiées dès 2012. Je prends possession des lieux au mois d’août et je rénove la maison pendant 2 mois tout en m’occupant de mes légumes à Ste-Brigide. J’y déménage le premier octobre avec ma nouvelle copine Mélanie. La serre construite à l’automne 2010 doit donc être défaite et rebâtit avant l’hiver, ce que nous avons réussi avec l’aide d’amis et de ma famille. Les machineries et tous le reste devront être déménagés entre les deux saisons.

2013

115 paniers sont produits et les livraisons passent de 20 à 25 semaines grâce à la construction d’une nouvelle serre tunnel afin d’allonger la saison. Elle sera terminée à la fin avril, juste à temps pour les premiers semis. Plusieurs travaux seront effectués au printemps. Nous avons finalisé la serre, construit le frigidaire, fait excaver les fossés ainsi que creuser un étang d’irrigation, fait drainer et niveler les terres, aménagé la salle de manutention de légumes, construit les installations pour laver les légumes à l’extérieur et planté des vignes à raisins de table. En fin d’automne, nous avons entrepris de construire 4 nouvelles serres tunnel qui seront installées aux champs afin de pouvoir y cultiver des légumes tôt au printemps à l’abri des insectes nuisibles, des tomates et concombres de serres ainsi qu’offrir une protection du gel aux légumes plus tard en automne. Une partie sera faite, le reste sera terminé au printemps 2014.

Histoire - construction de serre transplantsHistoire - Structure de la serre tunnel

2014

144 paniers seront livrés chaque semaine et la saison est de 22 semaines. Un nouveau site Internet est mis en ligne au printemps. Nous commençons à être bien installés et nous terminons de déménager les équipements de l’ancien site. Des modifications seront apportées dans le bâtiment ici et là afin de permettre une meilleure efficacité au travail, dont un plancher de béton dans le frigidaire pour pouvoir rentrer des palette et des boites de légumes avec un transpalette. La miellerie sera construite durant l’été et la production de miel est très bonne. Je fais maintenant équipe avec une employée temps plein. Isabelle nous aidera tout l’été ainsi que ma copine Mélanie qui mettras ses mains dans la terre et surtout lors des livraisons, elle sera présente avec moi toute la saison. Nous terminons deux des quatre serres qui seront en fonction dès la fin-avril, juste à temps. Nous plantons 120 plants de vignes à raisins de table en espérant pouvoir mettre plus de fruits dans les paniers, mais la récolte ne sera pas avant 2016. Un autre étang d’irrigation sera creusé, tout près des champs pour éviter une situation de manque d’eau comme en 2013. Plusieurs parcelles seront nivelées au laser et nous implantons enfin des engrais verts pour l’automne. Nous plantons 2 500 plants de fraises à l’automne en plus des 1 500 vieux plants que nous avons garder au champ pour une deuxième année de production….à suivre. Nous débuterons la construction des deux serres restante à la fin de l’automne. Je fais l’achat d’un nouveau petit tracteur qui servira pour de petit travaux dans les jardins en 2015. Très belle saison :o)

2015


Notre 10ième saison en production :o) 173 paniers sont produits sur une saison de 22 semaines. Mélanie sera à la ferme à temps plein, elle m’aide pour les livraisons du mercredi et prend en mains celles du jeudi afin de me permettre de mettre plus de temps au champ. Amélie est là à temps plein, Isabelle reviendra un peu à l’automne. Julie remplacera Amélie qui retourne à l’école en septembre. Nous avons une très belle production de fraises et de légumes en général. Les quantités sont parfois un casse-tête, nous arrivons souvent serrés pour faire les paniers. La saison de miel n’est vraiment pas bonne malgré les 11 ruches que nous avons et la saison de légumes est très ordinaire. 13 poiriers sont plantés à l’automne, d’ici 7-8 ans on pourra mettre des poires dans les paniers. Nous plantons 3 000 plants de fraises pour le printemps 2016.

2016

Nous produisons 180 paniers sur 22 semaines avec plus surplus pour pouvoir fournir quelques clients en semi-gros  dont Avril et Ferme Guyon. Notre petite fille Alyss naît le 9 mai en même temps que l’arriver de la saison. Un beau défi que nous relevons bien, Maman s’implique beaucoup et Papa dort relativement bien. Un printemps difficile pour les abeilles puisque nous perdons 7 ruches sur 11 :o( La saison est très belle, nous avons de bon rendement et les paniers sont beau,  malgré les 90 jours sans pluies…..du jamais vu. Nous passons notre temps à irriguer les cultures avec les fonds de nos étangs. L’équipe est Joanie (temps plein), Fanny (stagiaire) ainsi que France et Manon (temps partiel).